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Saint Geours de Maremne, coquet village où il fait bon vivre, où l’on vit comme partout avec son temps, son évolution, son modernisme et même sa vitesse.
Saint Geours ne semble pas avoir un grand passé historique comme certains village plus petits avec châteaux, demeure seigneuriales, ou postes défensifs. Il n’en demeure rien à part l’église et son promontoire, avec une position sinon défensive, du moins privilégiée comme tour de guet.
Saint Geours appartenait au Vicomté de Maremne (comme les commues avoisinantes groupées autour de Saint Vincent de Tyrosse – Saint Geours, selon les recherches de Monsieur Hirigoyen), possédait un seigneur cavier vassal du Vicomte de Maremne et qui exerçait une justice foncière. La caverie de Brutails à Saint Geours était une des plus prestigieuses des caveries de Maremne.
En 1300, les statuts de la Vicomté de Maremne confiaient au seigneur de Brutails la prérogative de tenir le livre sur lequel jurait le seigneur de Maremne quand celui-ci prenait possession de la Viconté.
En 1640, la caverie faillit être saisie par le Duc de Bouillon faute de dénombrement.
En 1653, le seigneur cavier participa à la rédaction de la couronne d’Acqs. La même année, il participa à l’assemblée pour la nomination des ses députés aux états généraux.
Jusqu’à la révolution, le Seigneur de Saint Martin exerça une grande influence.
Il faut rappeler qu’en 1628, la famille Saint Martin de cette caverie, avait obtenu du couvent de Saint Esprit, le privilège d’occuper le premier banc de l’église de Saint Geours.
Pendant la révolution, Jacques François de Saint Martin, seigneur de Brutails et de Lassale à Saint Geours, fût convoqué à l’assemblée de la Noblesse à Tartas.
Après la Guerre de 1918, une demoiselle de Saint Martin, apparemment descendante du seigneur, habita la propriété actuellement détenue par Madame Rigaud. Les habitants du bourg appelaient cet endroit « la château de Saint Martin », nom d’ailleurs mentionné sur les actes d’achat des propriétés voisines. Peut-être la demeure du seigneur cavier existait-elle sur cet emplacement ?
Les tombes des Saint Martin existent encore au cimetière de Saint Geours.

Saint Geours était surtout un lieu de passage, noeud de communication et relais de poste
- Route nationale 10 vers Paris
- Route nationale 124 vers Mont de Marsan
- Route de Peyrehorade
- Route d'Urt vers le Pays de Gosse, le Pays Basque et l'Espagne.

La poste

« La distribution du courrier se faisait à vélo. Il n’y avait pas d’heure fixe pour ramener le sac postal. Aussi le facteur savait-il déguster un petit coup de vin de temps en temps et raconter ou colporter des histoires en déposant le courrier. »
On disait autrefois à Saint Geours que sur la place du « Prada », place ô combien agréable et belle autrefois, plantée de très beaux chênes, Napoléon en route vers l’Espagne pour faire la guerre, avait fait halte et s’était reposé sous ces frondaisons.
Lieu de passage donc lieu de commerce
La configuration des habitations de la commune en faisait foi : métairies éparpillées sur de grandes distances et bourg étiré le long des routes.
Au début du siècle, Saint Geours ne possédait outre les métairies que des maisons bourgeoises, demeures de propriétaires terriens ou des maisons de bourg utilisées par les propriétaires pour l’exercice de leur métier.

Les années 30

Aux environs des années 30, la vie était bien différente, plus primaire.
Comme tous les villages, le centre du bourg, c’est l’église et la mairie rebâtie avant la dernière guerre au même emplacement.
Pratiquement chaque maison du bourg était un commerce : auberge, alimentation ou lieu artisanal.
Entre les deux guerres, il y avait dans cette commune 1250 habitants, environ 9 à 10 auberges, 3 boulangers, 1 pâtissier, 3 épiceries sédentaires et 2 épiciers ambulants, 2 cordonniers, 2 charrons-forgerons, 2 menuisiers, 2 coiffeurs, 4 tailleurs de plusieurs couturières dont certaines allaient à domicile, 1 maréchal ferrant, 2 sandaliers commerçants, 1 rempailleur de chaises, 1 sellier bourrelier, 3 marchands de vins grossistes, 1 marchand de bois, 1 limonadier, 1 magasin de confection, 1 magasin de tissu à la coupe, 2 tuileries, 1 moulin.
Cette énumération fastidieuse n’ayant pour but que de prouver l’existence d’un commerce florissant.

Les petites entreprises

Le moulin de Bayesse

Le moulin de Bayesse avait une importance capitale.
Situé en remontant le bourg vers Tyrosse sur la gauche, pas loin de la nationale 10, ses derniers meuniers furent Yvonne et son frère :
« Yvonne, la jeune meunière possédait une mule  qui tirait une charrette couverte d’une bâche comme vous en voyez dans les films du Far-West. Elle faisait le porte à porte, prenait les sacs de grains : maïs, seigle, blé… qu’elle portait à son moulin. Son frère s’occupait de la mouture. Deux jours après, elle refaisait le même circuit pour rendre la farine.
Le paiement de ce travail ? La « pugnère », prélèvement d’un certain poids de grains sur la quantité confiée.
Yvonne qui, à la fermeture du moulin, s’est reconvertie en différents travaux, est aujourd’hui à la retraite ».


Les tuileries

Sur la route de Saubusse, au quartier les Courtilles, une tuilerie, « La Téoulère » employait une dizaine d’hommes, Monsieur Moresmau était le patron.
L’argile était extraite sur le champ même, façonnée en tuiles, briques, barrots et le tout cuit dans le four chauffé au charbon.
En 1939, les hommes furent appelés sur le front. La Téoulère ferma ses portes.
Vestige de cette entreprise, la haute cheminée démolie depuis peu de temps, vu sa vétusté et les dangers qu’elle représentait.
Une autre tuilerie semblable se trouvait dans le quartier Bellocq. Elle n’a pas vécu longtemps victime d’une très vielle dame : « la faillite ».


La résine

Sur la route de la gare, quartier de Lescle, existait une usine et un dépôt de résine.  Les résiniers, nombreux à l’époque, livraient la résine dans des barriques. Cette résine était ensuite brulée pour en retirer l’essence de térébenthine et la colophane.
Sous la direction de Monsieur Labat, bon nombre d’ouvriers y gagnait leur journée.
A Saint Geours, le gemmage fut abandonné en 1976. Il ne reste plus trace des bâtiments. Au lieu-dit « Loui Barcou », les résiniers emmenaient également leurs barriques de résine. Des camions venaient les y chercher pour les acheminer vers des distilleries hors commune.


La maison Labeyrie

Labeyrie a pris son essor sur cette même route de la gare. Les chasseurs y apportaient les alouettes, les linots, et autres oiseaux. Ces oiseaux, plumés manuellement par une main d’œuvre locale et particulièrement celle du quartier, étaient ensuite mis en caisse pour l’expédition dans l’hexagone.
Le foie gras acheté sur les divers marchés de la région, mis en boîte dans cette entreprise familiale était également expédié dans toute le France. Aujourd’hui, il ne reste que le nom de Labeyrie ! Cette petite entreprise familiale est devenue une grande industrie. L’usine a changé de dimension, de superficie et ses produits n’ont plus de frontière. Plus d’oiseaux mais beaucoup plus de foie gras et depuis peu s’y ajoute le saumon frais, fumé sur place.


Le garagiste

Au quartier du Fait, route de Dax, on pouvait remarquer un petit garage. Le patron, garagiste à la petite semaine, l’occupait avec sa femme Lina.
Quelques vélos de temps en temps suffisaient à combler ses journées. Fantasque et un peu violent, il passait ses humeurs sur sa femme Lina qui à son goût était trop calme. après une « bonne rossée », il lui disait : « si je te bats, Lina, c’est pour ton bien ».
Les premiers moteurs firent leur apparition après la guerre de 48. Fini les corvées de tourner le volant pour hacher le fourrage des animaux.
Monsieur Garel, garagiste au bourg a commencé à trafiquer les véhicules de l’armée pour fabriquer les premiers tracteurs. De même, suppression des roues de « bros » en bois pour les équiper de trains de pneus des camions américains après aménagement ou ajustage des essieux. Ce fut le commencement du progrès sans parler bien sûr de la fameuse « loi du métayage ».

Les Bistrots

Il y en avait au moins un dans chaque quartier, jusqu’à 9 ou 10 auberges au total
Près de la gare, Celui de Monsieur Dassé.
Au quartier Lourgon, « Chez Prat ».
A 200m plus loin, « Aou boulon », une buvette.
A la sortie du bourg vers Dax, « Chez Laforie »
Et enfin sur la RN10, « Chez Campistron »
Ces bistrots, lieux privilégiés des rencontres, étaient surtout vivants le dimanche. On y jouait aux quilles de trois et au traquet. L’enjeu pouvait être un litre de rouge. A coté des quilliers, il y avait un banc sur lequel on posait une bassine pleine d’eau ainsi que des verres que l’on rinçait dans la bassine avant de les remplir de vin blanc, de rouge et de limonade.
Le vin blanc mélangé à la limonade était appelé champagnette. Il n’y avait pas de « Ricard »
On y jouait tard le soir éclairé par des bougies tellement les partie étaient acharnées.
Chaque année, pour la mayade (fête du mois de mai), on dansait devant le bistrot au son de l’accordéon. Chaque buvette choisissant la date de sa mayade.
« Chez Dassé », le patron faisait également le transport du bois avec mules et camions. Plusieurs fois par jour, le chargement se transbordait sur les wagons de la S.N.C.F..
L’entreprise cessa en 1964.
« Chez Campistron », tenant également un dépôt de vin de gironde, le patron faisait les livraisons à domicile.
« C’était un homme qui savait apprécier et soigner son vin. Avec sa petite charrette, tirée par une ânesse qui savait marcher lentement, la vitesse n’étant pas autorisée pour le précieux nectar, il partait livrer en marchand à coté de l’animal pour ne pas alourdir la charge. Cette ânesse, très choyée, au retour, ramenait l’aubergiste sans avoir besoin d’un seul coup de fouet. A ce point choyée, que son propriétaire en 47, était parti jusqu’à Labouheyre à vélo pour la chercher après son abandon par l’armée allemande en retraite. »

Histoires de bistrots

« Un jour, un muletier s’arrête pour boire un « pion » comme l’on disait à l’époque. Il entre et commande un litre de vin rouge et deux verres. Il commence à boire un coup puis un autre et , au bout d’un moment come pour s’excuser, dit : « le copain n’arrive pas, je vide la bouteille.
En réalité, le copain n’était pas invité !
Si le dimanche, on s’amusait dans ces bistrots, on y faisait une petite halte au retour des marchés de Tyrosse le vendredi et de Peyrehorade le mercredi. Là, quelquefois, la monture, le cheval ou autre, ramenait le patron à domicile, endormi sur le siège. Ah les routes étaient si calmes à l’époque ! Pas besoin d’alcootest ni de code la route !! L’animal, lui, toujours sobre, retrouvait tout naturellement la route vers l’écurie.
Ouvrir un bistrot ne nécessitait pas un grand investissement : une table, quelques chaises, des verres et une ou deux bonnes barriques de vin.
Bien sûr, il fallait payer des droits et il arrivait suivant les différents gouvernements des « interdits »

- Interdit de servir à boire pendant le déroulement de la messe par exemple.

Les Landais, c’est connu, ont de tous temps bravé les interdits,  même Saint Laurent de Gosse. Un tenancier fut la première fois taxé d’une amende. Récidiviste, son « fond » fut saisi et mis en vente sur la place publique avec ordre de prévenir tous les bistrots de Saint Laurent de la date et du lieu de la vente. Ce qu’il fît.
Inutile de vous rappeler cette solidarité entre citoyens d’un même village : pas un acheteur ne se présenta et notre « délinquant » retrouva son bien pour le franc symbolique !!

Les foires et les marchés

Les traditionnelles foirent de Saint Geours étaient très suivies même pendant le dernière guerre. Leur importance diminua à partir de 1950 jusqu’à leur disparition.
Elles se tenaient palace du Prada, le 1er lundi de mai et novembre.
Il s’y négociait divers bestiaux : chevaux, mules, mulets, ânes, cochons et volailles. En mai s’ajoutait les plants de légumes pour les jardins.
C’était le rendez vous général de hommes. Il n’était pas rare de ne les voir rentrer que le lendemain.
Elles attiraient une clientèle de tout le département et des départements voisins. Mai en novembre, les gros clients venaient du Nord, ils étaient fournisseurs de mines de charbon. Pour tirer les wagonnets, nos petits chevaux barthais, petits mais nerveux étaient excellents.
Ces marchands de chevaux que l’on n’appelait pas maquignons, étaient de personnages : costumes noirs, chaînes de montre en or, énormes vestes rebondies par des portefeuilles biens garnis puisque toutes les transactions se faisaient en espèce. Ils arrivaient souvent le samedi soir depuis Dax et, les chambres étant rares à Saint Geours, certains n’avaient aucune gène à dormir dans le foin, enroulés dans des draps de lit, pour être à pied d’œuvre, de bon matin le lundi.
Les chevaux étaient expédiés dès le soir par train dans le Nord.
Il y avait évidemment beaucoup de commerçants tout le long de la route, les places étant réservées aux chevaux.
On y achetait aussi des tissus, des vêtements, des bérets, outillage, petits jouets d’époque, les bonbons, les gâteaux, les « oubliés » dans leur tourniquet.
Et il y avait surtout un manège de chevaux de bois !
Et évidemment aussi du spectacle : des jongleurs, des tireuses de cartes, des diseuses de bonne aventure, des singes et des gens estropiés dont on exploitait le handicap : par exmple une femme sans barbe qui tricotait avec les pieds.
«  A mon grand étonnement, j’ai vu un ours brun énorme au collier garni de clochettes, danser sur les pattes arrières. Pour les « enfants de la campagne qui n’avaient rien vu », c’était exceptionnel !!! »
Comme les clients et les badauds passaient la journée à la foire, il fallait manger. Et c’était là qu’était le plus beau spectacle dans les années 20 à 30.
Les auberges fourmillaient de clients. Même pour la foire de juillet, la cheminée était allumée parce que c’était là que se faisait et le café et le bouillon avec poules et pot au feu le vermicelle dans des marmites de cent et quatre vingt litres.
Le reste étant cuit dans le grande cuisinière noire avec garnitures de cuivre et tenu au chaud sur le « potager » aux carreaux bleus et blancs.
A l’époque, il n’y avait pas de frigo, encore moins de congélateurs et tout se faisait au dernier moment.
C’était le réplique des gravures d’auberges du moyen-âge. On se serait cru chez Gargantua. En contrôlant des carnets de fournitures et achats en vue de la foire, on retrouve : 15 poules, 20 poulets, un demi veau qui n’était jamais suffisant et que complétait, par des paquets de côtelettes  le boucher de Magescq, installé sur la place, des cartons de fromage de hollande, des boîtes de 5 kilos de sucre Frugès, des tartes fournies par le pâtissier de la route de la gare, etc. Il se vendait 3 barriques de 300 litres de vin rouge et une bordelaise (contenance) de vin blanc.
Pour le petit déjeuner (tout ce monde se levant très tôt ou arrivant de loin) les bassines de daube et de sauce de veau avec pommes de terre et carottes, réchauffaient sur la cuisinière.
Voici un menu de table d’hôte servi sur une nappe blanche : bouillon de vermicelle, saucisson beurre, poule farcie et bœuf bouilli, sauce tomate, veau petits pois, poulet salade, fromage avec café, armagnac et vin à discrétion (on contrôlait toutefois que la quantité de 1 litres de vin par personne n’était pas dépassée).
Il y avait aussi, dans une autre salle, les repas « à la portion » sur toile cirée : bouillon, côtelettes ou sauce ou rôti de veau ou poulet, vin à discrétion mais là, le sucre et la bouteille d’armagnac ne restait pas sur la table.
Tout cela demandait une grande organisation et une grande surveillance. Il y avait au moins quatorze employés, en majorité des femmes, vives, laborieuses, infatigables. Le patron supervisait tout cela, service de cuisine ou de chais.
Poste de confiance, qui n’évitait cependant pas la triche qui était parait –il inévitable. La marge bénéficiaire était faible mais les impôts si faibles ! A ce moment là, aucune taxe sur les repas !! Tout cela faisait qu’avec la fête locale et les quatre foires, on pouvait vivre le reste de l’année.
Quelques années avant la guerre, on a tenté d’implanter un marché le jeudi à Saint Geours. Construction d’un marché couvert qui enlaidissait la place près de la mairie, mais très utile pour abriter les nombreux sacs de haricots. Pour le marché de la volaille, très apprécié des commerçants bordelais, ce jour avait l’avantage de permettre la préparation des bêtes tranquillement le vendredi pour la vente du samedi. Malheureusement, la guerre a arrêté l’élan du marché.
La halle a disparue ainsi que la mairie avec son long balcon de bois, où le dimanche après la messe, le garde-champêtre après un roulement de tambour, et pour la somme de 5 sous l’annonce, claironnait les nouvelles aux paysans qui quittaient l’auberge et se réunissaient sur la place. 

« En 1936, avec la vente d’une paire de poulets, j’achetais une belle paire de pantalons en drap pour le mari » (Berthe)
 Le marché hebdomadaire avait lieu le jeudi, il n’a pas tenu longtemps, il a pratiquement pendant les années sombres de l’occupation.  

Monsieur Lavie (Saint André)
« On désignait aussi foires, les concours de bétail où les éleveurs venaient présenter leurs bêtes dans chaque village, classées par catégories, bichonnées, la queue taillée, les cornes blanchies à la toile émeri.
Quelle ambiance ces jours de foire !
Les hommes débarquaient avec le bétail « à la yioueute » (sorte de joug en bois et osier tressé), les veaux dans les bras, plus tard dans les bétaillères.
Les marchands de porcs trônaient en blouse noire, le bâton à la main, aux pieds de cages où se serraient immobiles des porcs de toutes tailles, surtout des porcelets roses ou blancs et noirs aux grandes oreilles pendantes.
Le maquignon du bétail de travail et de vaches laitières se reconnaissait aux ciseaux qu’il portait dans la poche haute de sa blouse noire, mais aussi à la chainette où était attaché son énorme portefeuille, enfoui dans la poche intérieure car de ce temps là, on payait « rubis sur l’ongle » (en espèces).
Que de palabres et presque toujours le marché allait se conclure à l’auberge autour de la chopine de blanc.
Sur une autre place, autre décor : le marché aux volailles. Poules, poulets, canards, lapins, tous attachés dans de grandes panières d’osier.
Ici, c’était plutôt le domaine des femmes, et l’on voyait les « arecardères » tâter les volailles, les reposer avec une moue dédaigneuse pour obtenir un baisse du prix demandé, sous les quolibets des paysannes vendeuses.
Il y avait aussi des forains venus de partout et qui vendaient de tout et n’importe quoi, des bonimenteurs, des tireuses de cartes, des camelots.
Des baladins, et cela faisait mon émerveillement, accompagnées d’un accordéon, monnayaient les paroles des ces airs que l’on allait essayer de se rappeler  par bribes car on ne possédait ni radio, ni cassette. C’était quelquefois « un tube » ou des chansons créées sur des faits divers tragiques.
Le marché fini, les bêtes destinées à l’abattoir, étaient encordées deux par deux, une jeune avec une plus âgée. Une « toque » (convoi) avec en tête une vieille bête portant une grosse cloche, était conduite à pieds par des hommes  « les touquerons » jusqu’aux abattoirs de Bayonne. Pendant l’occupation, faute de moyens de transport, ce procédé fût remis en usage pour le gros bétail. »
« Comme la vie est différente aujourd’hui mais comme telle, il faut la vivre ! »

Les barthes

Les barthes allant vers l’Adour servaient de pacage au bétail : chevaux, vaches, et procuraient la provision de foin pour l’hiver. Il y avait aussi la petite pêche. Un artisan du bord de l’eau fabriquait des barques en bois et à rames naturellement dénommées couralins. Certaines personnes actuellement très âgées, ont pratiqué le halage du bois avec mules ou bœufs par le chemin de halage du bord de l’Adour. En patois on disait « chirguer ».

Les lavandières

Près du bourg, se trouve un lavoir très ancien qui bien sûr ne sert plus à rien depuis qu’il existe des machines à laver.
Que d’histoires se sont racontées en ces lieux par nos bavardes lavandières !!
Il s’est construit tout à coté un lotissement baptisé « les lavandières ». Quel hasard !

Vie locale

La vie entre les deux guerres est celle que j’ai connue comme enfant.
Une vie agréable avec des rapports de voisinage conviviaux. Pas de télé, très peu de radio donc soirées passées sur les bancs devant les portes, avec interpellation d’un coté de route à l’autre, commentaires sur les faits du jour, nouvelles données par les rares possesseurs de poste de radio.
Après la classe, et certains travaux d’aide aux parents, nous partagions notre temps entre les divers artisans.

L’école et l’église

Il n’y avait qu’une école « la laïque », mot qui nous était inconnu : il n’y avait ni lutte d’influence, ni rivalité, ni concurrence. Nous étions tous pareils.
Et si notre directrice athée, avec une adjointe qui allait à la messe tous les matins, ignorait le curé et réciproquement, c’était le respect mutuel.
Le jour de la communion solennelle, les communiants étaient invités au presbytère pour le petit déjeuner entre les messes, et, le lundi matin après la messe, les filles, du moins, allaient se montrer en robe de communiante à l’école et déjeunaient chez la directrice avec chocolat au lait et petit pain beurre, un luxe pour beaucoup.
Pourtant les relations de voisinage n’étaient pas toujours idylliques, dans le bourg, quand approchaient les élections, les luttes étaient chaudes, mais après, tout redevenait calme…. Jusqu’aux suivantes.

Les loisirs

Pour les loisirs des adultes, qui n’avaient que des vélos comme moyen de locomotion, il y avait les quilles, les courses de vélo et pour les autres, le « stade » donné par le curé. Ce dernier s’occupait de la  clique et d’une équipe de basket dont presque tous les jeunes étaient de Tyrosse.
L’association sportive s’occupait du rugby et de l’athlétisme.
Evidemment le stade n’était qu’un ancien champ clôturé de barrières avec pour toute installation, une baraque en bois pour les vestiaires et un poste d’eau froide !!!
« En période de grand froid, les joueurs arrivaient, en courant à travers les champs de la « Courneuve » jusqu’à la première auberge, se laver dans deux grands baquets d’eau chaude dans le garage.
Le tout suivi d’une grande bassine de vin chaud. Et personne n’a jamais entendu parler de rhumes ou de refroidissements après le match ! Les hommes, habitués aux travaux pénibles, étaient solides et résistants. 
Si l’on parle actuellement d’une recrudescence du « jeu dur » au rugby, dans les années 30 tout ne se disait pas avec des fleurs. Et la venue de certaines équipes, Boucau et ses forgerons, Cambo et ses basques donnait lieu à de sévères empoignades. Et les coups de poing « volaient », sans grandes séquelles quand même !!! Et l’on a même vu, toujours notre curé, retrousser sa soutane, sauter par-dessus la barrière et sortir un dirigeant adverse qui voulait mettre un peu d’ordre.

Comme tous les villages, Saint Geours avait ses figures.

M. DAUBRIACQ avait un ouvrier boulanger, venu de Dax, d’où il avait été expulsé à cause de ses revendications contre les patrons. D’ailleurs, quand un chef d’état venait dans notre région, on mettait notre « dangereux personnage » à « l’ombre » au Fort du Hâ à Bordeaux. Notre homme, bon et serviable à souhait, qui pestait contre l’Armée et l’Eglise, mais portait tous les matins un petit pain chaud à son premier voisin, le curé, à 11 heures, tous les jours, lisait l’Humanité, en buvant son Pernod.
Il s’était mis en tête de faire venir un communiste important pour la campagne électorale.
Le voilà parti à la gare, avec la voiture à cheval de son patron, gibus sur la tête, pipe énorme au bec (elle contenait un paquet de tabac). Notre député ( ?) descend du train, l’autre l’accueille chapeau bas, au nom du parti communiste de Saint Geours.
« Combien êtes-vous inscrits ? » demande le voyageur.
« Je suis seul. »
Eclats de rire du député qui avait de l’humour.
Et notre militant de répondre :
« Si vous n’êtes pas content de l’assistance, ce soir, vous le serez du souper qui vous attend! »
Il y avait aussi Popaul : adroit, intelligent mais paresseux et farceur à souhait.
Popaul, devenu veuf, devait se remarier avec une veuve qui avait « du bien ».
Pour sacrifier à la coutume, les jeunes faisait le « charivari » la semaine précédent le mariage.
Ce branle bas était mené de main de maitre par un inconnu qui tapait à tout rompre sur un étouffoir de boulanger. Le dernier soir, se découvrant, on reconnut le futur mari. Mais au lieu de « régaler » ses compagnons comme l’habitude le veut, c’est lui qui se fit payer à boire !
Un soir, Popaul avait échangé ses souliers usés contre ceux d’un client, laissés eu pied de l’escalier de l’auberge.
Et le lendemain, en mettant de l’ouate au bout de ses chaussures pour ne pas les perdre, il se tordait de rire en imaginant le voyageur essayant de loger ses « arpions » dans son petit 39 !
Popaul faisait partie d’une équipe de joyeux drilles.
Toujours désargenté, il était pris en charge par les autres. C’était lui qui prenait les billets au Cinéma Fémina à Dax. Il en achetait un de moins, faisait du « du plat »à l’ouvreuse et le tour était joué. Au bout de quelques semaines, c’était lui qui aidait le directeur de ciné à découvrir le tricheur que l’on cherche encore.
Pendant la guerre, Popaul réparait les casseroles et autres « toupins » qui étaient percés et que l’on ne pouvait remplacer, la guerre terminée, il y eut des élections.
Un nouveau parti, le « M.R.P. » ne lui convenait guère à lui qui était « communisant ». Or le M.R.P. eut pas mal de voix.
Le lundi matin, après une nuit de colère, il fit un tri parmi les ustensiles : ceux de gauche dans son atelier, les « meurepeu » comme il disait, voltigèrent à travers la route, dans les arènes en face.
A chaque ménagère  de choisir son camp suivant son vote !!
« Payez les au curé, il vous les réparera puisque vous l’avez écouté !», disait il aux personnes susceptibles d’avoir voté M.R.P.. Et il parlait bien fort, le presbytère étant tout près. 
Quand Popaul et son équipe allait au théâtre à Bordeaux, il montait au poulailler muni d’un fil avec hameçon et il s’amusait à soulever les chapeaux des élégantes au dessous. Evidemment, on accusait toujours les étudiants habitués de ces places bon marché.
D’ailleurs quand arrivait quelque chose d’exceptionnel, et que les gendarmes étaient avertis, c’est chez Popaul qu’ils allaient en premier.
Mais personne n’a jamais pu le prendre sur le fait !